Qu’est-ce que le patrimoine ?
Le patrimoine, ce sont des monuments, des œuvres, des sites, des coutumes, des gestes architecturaux dont la valeur est remarquable du point de vue historique, artistique ou technique, qu’ils viennent du passé le plus lointain ou qu’ils aient été créés il y a peu. Il est le fruit d’un héritage ; il est ce qu’on veut transmettre. Qu’il soit public ou privé, la France veille sur son patrimoine. Certains immeubles et objets mobiliers sont reconnus par l’État comme ayant un intérêt historique, artistique ou architectural particulièrement éminent. Ils sont dès lors protégés au titre des Monuments historiques : aujourd’hui, environ 14 000 immeubles sont classés et 30 000 inscrits, environ 135 000 objets mobiliers sont classés et 150 000 inscrits, sur une liste dont la création remonte à 1 840 et qui ne cesse d’augmenter. Le patrimoine français le plus reconnu consiste d’abord dans cet ensemble remarquable et divers, disséminé partout sur le territoire, de métropole comme d’outremer, et souvent repéré par les guides touristiques : par exemple, le Mont-Saint-Michel, le Familistère de Guise, Notre-Dame de Paris, la collection du Musée Fesch d’Ajaccio, la Cité de Carcassonne ou le pont du Gard…
Pourquoi le patrimoine de proximité ?
Même si l’on n’a pas devant sa porte l’un de ces monuments fameux, le patrimoine ne se limite pas à eux. Le patrimoine est partout, à côté de chez soi et là où on ne l’attend pas : c’est aussi bien la Cité Foch ou le Terril Sainte-Henriette d’Hénin-Beaumont, le moulin à papier Richard de Bas d’Ambert ou le four solaire de Mont-Louis, le lavoir de Saint-Émilion ou le phare d’Eckmühl, l’église russe de Champagne-sur-Seine ou le marché couvert de Milly-la-Forêt, un château en ruines, une ancienne usine, un tableau dans une mairie, une sculpture sur une place, une réalisation architecturale ancienne ou récente, une capitelle de pierres sèches, un jardin médiéval ou pittoresque… Autant de lieux divers qui, même lorsqu’ils semblent modestes, méritent d’être explorés et qui, le plus souvent, s’y prêtent et permettent de faire l’expérience de la beauté dans son environnement immédiat. En effet, les institutions créées depuis la Révolution n’ont pas seulement pour but de sauvegarder le patrimoine, elles permettent également l’accès à un public qui y est toujours plus sensible. Même le patrimoine privé s’ouvre à la visite, par exemple lors des Journées européennes du patrimoine, ou bien sur rendez-vous.
Comment s’orienter vers ces lieux d’art et du patrimoine ?
Notre cartographie numérique, d’abord pensée pour les professeurs désireux d’enseigner le patrimoine de proximité à leurs élèves, avait vocation à compléter et accompagner le vadémécum « Connaître le patrimoine de proximité » publié en 2019 (toujours accessible sur le site de l’INHA à la rubrique EAC). Puis, il s’est avéré que nombre de collectivités ou d’associations étaient à la recherche d’une base de données fiable, pérenne et élaborée en concertation avec des experts. De nos rencontres et discussions avec des professeurs, des membres d’institutions, des élus locaux représentant des régions ou des municipalités, le plus souvent regroupées aujourd’hui en communautés de communes, des érudits locaux héritiers de l’esprit des sociétés savantes locales d’autrefois et de nombreuses personnes impliquées dans la promotion des richesses de la France rurale est née l’idée de rendre cette cartographie collaborative et d’en partager l’accès. Ont ensuite oeuvré de concert le Service numérique de la recherche de l’INHA, l’équipe de GoGoCarto et une graphiste pour mener à bien ce projet qui a pu être mis en œuvre grâce au mécénat de la Caisse des Dépôts.
Une cartographie sensible des territoires
De fait, plus cette cartographie sera enrichie et affinée, plus elle offrira un point de vue anthropologique sur le territoire et permettra d’aller au-delà du simple repérage en ouvrant la réflexion sur des données géographiques et humaines liées aux usages, aux métiers, à l’occupation des sols, aux spécificités de certains développements techniques et artistiques. Patrimoine maritime ici, fluvial là, ferroviaire plus loin, lié aux escarpements ou à des différences de densité de population, des lectures et des approches renouvelées pourront faire jour. De la même manière qu’ont été mis en lumière des Lieux de mémoire (Pierre Nora) ou des Lieux de savoir (Christian Jacob), il est permis de penser que notre cartographie collaborative deviendra une cartographie sensible des lieux d’art dont la portée et l’utilité touchent tout individu se tournant vers son patrimoine, que ce soit au cours d’une promenade de quelques heures le week-end, d’une excursion plus organisée ou encore dans un usage pleinement réfléchi de tourisme culturel.